La fratrie idéale

Le choix du roi ou plutôt une fratrie composée uniquement d’enfants du même sexe? Des enfants rapprochés ou au contraire avec une grande différence d’âge? Et puis combien? Un enfant, deux, trois, quatre ou plus encore… Mais quelle est donc la fratrie idéale?

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J’ai lu il y a quelques temps qu’un groupe de chercheurs avait analysé les différentes combinaisons possibles d’enfants (nombre, sexe…) pour composer la fratrie idéale. La composition parfaite semblait être celle d’une famille avec deux filles. Sans rentrer dans les détails de cette étude je ne l’avais pas trouvé très intéressante pour plusieurs raisons. Tout d’abord les enfants uniques étaient écartés de cette recherche (certes ils ne sont pas considérés comme une fratrie mais c’est une configuration familiale qui existe!), ensuite la taille de l’échantillon me semblait vraiment minime par rapport à la multitude de combinaisons possibles et puis tout simplement parce qu’en science humaine utiliser une méthodologie avec un échantillonnage ne me semble pas très judicieux.

J’ai aussi souvent lu sur des pages facebook des sondages pour savoir quelle était la différence d’âge idéale entre deux enfants d’une même fratrie et je suis toujours aussi estomaquée de voir que certains parents arrivent à se critiquer et se juger sur ce sujet pourtant tellement subjectif…

Mon avis personnel de maman vous le connaissez: j’aime avoir des enfants rapprochés et je voulais une famille « nombreuse ». Oui mais c’est MON avis, MON choix, MES goûts et tout cela s’est développé, étoffé et réfléchi au fil des années à la lumière de mon histoire familiale, de mon vécu, de mes expériences…

Il y a donc mon avis personnel et puis voici mon avis de psychologue: la fratrie idéale type n’existe pas!

Accueillir un nouvel enfant

Il y a effectivement des âges où les enfants sont plus disponibles psychiquement pour accueillir un nouvel enfant dans la famille. Certains psychologues affirment que la différence d’âge idéale serait de six à sept ans pour les enfants. Mais idéale pour qui? Pas forcément pour les parents! Nous réfléchissons beaucoup à l’impact de l’arrivée d’un bébé pour le reste de la fratrie, mais ce que les parents pensent et ressentent aura aussi un impact considérable sur la famille. Cette donnée est donc indispensable pour le bon équilibre familial et il n’existe aucune règle! Peu ou beaucoup d’écart entre les enfants peut importe finalement puisque ça ne déterminera en rien la bonne ou la mauvaise entente dans la fratrie.

La jalousie

La jalousie, est un affect que tous les parents redoutent de voir émerger chez leurs enfants et qui est pourtant tellement important! Et oui, c’est un sentiment naturel et vraiment constructeur tant qu’il reste canalisé. La jalousie enseigne l’altérité, les limites et la socialisation car c’est grâce à elle que se crée nos relations aux autres. Dans son livre « frères et sœurs, une maladie d’amour », Marcel RUFO dit que « les parents ne doivent pas oublier, même dans les moments difficiles, que la rivalité, c’est aussi la compétition qui aide les enfants d’une même fratrie à grandir ». De toutes façons les enfants sont très doués pour se comparer puisque c’est pendant cette période qu’ils apprennent à repérer les différences qui vont leur permettre par la suite de mieux se définir. Jean-Pierre ALMODOVAR, un psychologue spécialisé dans les relations fraternelles a même avancé l’idée que si l’aîné est âgé de moins de 2 ans la jalousie a un véritable effet organisateur  puisqu’elle l’aiderait dans sa différenciation à l’autre à un moment du développement où ce travail est capital. Vous l’aurez donc compris la jalousie dans une fratrie est inévitable et elle est surtout indispensable!

Chaque place son avantage

En ce qui concerne le rang dans la fratrie il y a beaucoup de croyances que les parents projettent à leur insu sur leurs enfants. L’arrivée d’un nouveau bébé bouscule forcément les privilèges et redistribue la place des autres, quel que soit l’âge. Il y a presque toujours une réorganisation de la famille quand un nouvel enfant arrive et je ne pense pas qu’une place soit meilleure qu’une autre. Chaque enfant est unique et la place qu’il occupe dans la fratrie n’est qu’un élément de sa construction parmi tant d’autres. Certains sociologues ont développé l’idée selon laquelle le rang de naissance influencerait sur la construction de la personnalité et du caractère. Je ne partage pas vraiment cet avis car pour en venir à cette conclusion ils étudient des groupes (c’est la méthodologie habituelle en sociologie); mais en psychologie nous nous rendons vite compte au fil des jours et des consultations qu’il n’existe aucun déterminisme! En ce qui me concerne, je partage l’idée de Marcel RUFO qui écrit, dans son ouvrage Frères et sœurs, une maladie d’amour paru chez Fayard, que « ce qui est intéressant , ce n’est pas de savoir comment fonctionne les familles mais comment fonctionne la sienne propre ». Il faut que les parents se remettent en question et qu’ils réfléchissent à leurs idées reçues sur les rangs dans la fratrie car les étiquettes sont toujours incommodantes et elles sont, la plupart du temps en rapport direct avec le vécu des parents au sein de leur propre fratrie. Si vous avez par exemple mal vécu votre place d’aîné quand vous étiez enfant, ne vous inquiétez pas, votre aîné ne sera pas forcément malheureux à cette place!

La question du sexe

En ce qui concerne le sexe des enfants les parents projettent aussi énormément leurs désirs sexués sur leurs futurs petits. Je n’ai pas l’impression que les changements de loi concernant la transmission du nom aient modifié l’envie de nombreux parents d’avoir un garçon pour perpétuer le nom de famille. Pour la plupart des gens l’image de la fratrie idéale serait d’avoir d’abord un garçon puis une fille. Le choix du roi. Cette expression que l’on entend encore énormément devrait pourtant être complètement dépassée puisqu’il s’agissait, au moyen âge, d’avoir un fils pour assurer au souverain de voir perdurer son nom, puis ensuite une fille pour se rapprocher d’une autre famille importante en la mariant. Mais alors pourquoi les parents sont-ils si attachés à former une fratrie bisexuée? La véritable raison c’est très souvent qu’ils pensent d’abord à eux: à leur plaisir de vivre deux expériences différentes; à la possibilité pour chacun des parents de pouvoir revivre des souvenirs de l’enfant qu’il était; à ce qu’ils imaginent pouvoir partager de différent avec des enfants de sexe différent… Et puis il y a aussi les croyances véhiculées qui font peurs comme par exemple le fait que les garçons seraient forcément tous turbulents et les filles des pleurnicheuses!

La cas de l’enfant unique

Longtemps, être enfant unique a été considéré comme une tare. Encore aujourd’hui de nombreux clichés collent à la peau des enfants qui n’ont pas de frère ou de sœur. De la même manière que pour les couples qui ne désirent pas d’enfant, les parents avec un enfant unique sont souvent jugés comme des personnes égoïstes (surtout quand c’est un choix). Pourtant, tous les parents construisent leur famille en fonction de leurs propres désirs, peut importe le nombre d’enfant! Le syndrome de l’enfant unique est encore difficile à déconstruire et pourtant, de la même manière que la question du sexe ou que celle de la place dans la fratrie, le fait d’être enfant unique ne déterminera en aucun cas la personnalité et le comportement du futur adulte que l’enfant deviendra. Bien évidement, il faudra que les parents se questionnent sur leur choix pour ne pas trop projeter leurs désirs sur leur enfant et être vigilants à ce qu’ils souhaitent lui transmettre… mais comme dans n’importe qu’elle configuration familiale finalement!

Les jumeaux

Cette fratrie particulière n’est pas épargnée, contrairement aux idées reçues, par la rivalité. leur ressemblance (parfois), leur proximité physique et leur mode de fonctionnement particulier font pensér que ce serait la fratrie idéale. En dépit des apparences, la jalousie existe aussi chez les jumeaux! Leur éducation nécessite même une attention particulière car il n’est pas évident, surtout pour les jumeaux monozygotes, de vivre en permanence avec un « double » à ses côtés. De plus, les jumeaux sont souvent (bien plus que les frères et sœurs ne le sont habituellement) comparés. Il y a le « grand » et le « petit », le « calme » et le « nerveux »… Toutes ces tentatives pour les différencier peuvent, selon la projection qui nous mettrons, soit aider les jumeaux à se construire correctement et à se différencier, soit, au contraire leur coller une étiquette à vie.

 

Vous l’aurez compris, mon avis de psychologue c’est que la fratrie idéale n’existe pas et qu’il ne tient qu’à vous, parents, de modifier et travailler sur vos peurs et vos doutes pour éviter les répétitions anxiogènes que vous auriez pu vivre dans vos fratries. Ne vous inquiétez pas, il y a forcément de la jalousie, des disputes et des moments difficiles, mais n’oubliez surtout pas toute la richesse que peut constituer une fratrie pour l’ensemble de la famille! Et puis si vous êtes sereins et heureux de votre modèle familial, que ce soit sans enfant, avec un, deux, trois, quatre ou dix enfants, votre famille sera forcément une belle famille épanouie, j’en suis certaine!

à très vite,

-La belle vie Family-

9 réflexions sur “La fratrie idéale

  1. En cliquant sur le lien de l’article, je dois avouer que j’étais plus que septique : « en voilà encore une qui va nous balancer sa version de l’écart d’âge parfait », je me disais. Et bien, je suis ravie que tu m’ais donné tort! Je trouve ton article parfait, bien construit et intelligent. Bien entendu je suis totalement d’accord avec toi (mais tu as dis mon ressenti de façon bien plus professionnelle et scientifique) et, en même temps, tu as réussi à me rendre plus sereine face à l’arrivée de mon deuxième enfant. En effet j’ai une peur insidieuse de la réaction de ma fille à ce sujet (alors que pour l’instant elle prend ça de façon tout à fait saine) preuve que je projette, moi aussi, mon histoire sur la sienne. En effet la venue de ma soeur (à 4 ans et demi) a été pour moi la source d’une grande jalousie qui a fini par s’effacer en grandissant, et j’oublie bien souvent que c’est aussi cette jalousie qui m’a permis de me construire et de m’affirmer. Alors merci! Tiens pour la peine je vais partager ton article sur FB (chose que je ne fais absolument jamais)

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  2. Merci pour cet article ! Cela m’a d’autant plus interessé que c’est un sujet qui me travaille beaucoup en ce moment ! Je pense que tu as tout à fait raison quand tu dis qu’il n’y a pas de modele de fratrie ideale mais nous sommes tous influencés par notre histoire familiale et le modele de famille « idéale » que l’on se crée étant jeune.
    Pour ma part, j’aurais voulu avoir des enfants plus rapprochés (j’ai un petit garçon de 5 ans et je suis actuellement enceinte d’un 2e petit mec) mais la vie est parfois plus sinueuse, il faut savoir l’accepter et mettre de coté ses doutes pour que chaque enfant puisse trouver sa place sereinement. Encore un gros travail sur moi à faire en ce qui me concerne !

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  3. Ton papier me parle et m’aide à réfléchir sur mes choix de vie,ma Violette qui va avoir 4 ans et pas de deuxième en route..Bon,c’est pas la version « idéale » que je m’étais inventée à 20 ans,mais c’est ma vie et elle me plaît!merci,tes articles sont toujours très déculpabilisants.

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  4. Pingback: La fratrie idéale – Faîtes-vous aller bien

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